Adapter au cinéma une bande-dessinée d'Hugo Pratt semblait une entreprise vouée à la catastrophe. En effet, comment reproduire ce dessin "à peine fini", ce noir et blanc si particulier qui permet à l'auteur de créer des œuvres empreintes de mystère, d'une grande sensualité ? Le tout premier choc vient des images colorées et de Corto lui-même, dont les traits sont bien plus fins que dans la BD. Pour le lecteur fidèle, passées les premières minutes d'adaptation, le film prend sa vitesse de croisière et l'on se surprend à constater que le réalisateur n'a pas du tout trahi l'œuvre originale. Bien au contraire, ce film est un hommage subtil au style d'Hugo Pratt. En suivant avec fidélité l'histoire de Corto Maltese en Sibérie, sans chercher à simplifier l'intrigue ni à verser dans le manichéen, le réalisateur permet au spectateur néophyte de se plonger dans cet univers complexe, avec sociétés secrètes, personnages hauts en couleur et rebondissements souvent inattendus. Sans aucun désir pour le spectaculaire, même dans les séquences qui s'y prêtent, le film permet d'effectuer un voyage exotique, où la subtilité l'emporte sur l'effet facile.